Les sirènes du climat sonnent l’alarme à Copenhague

{{{Les limites du Protocole de Kyoto}}}

Négocié en décembre 1997, le Protocole de Kyoto, a été ratifié à ce jour, par 172 pays. Les signataires de la convention ont pour objectif de stabiliser, voire de réduire, les concentrations des gaz à effet de serre (GES [[Les Gaz à Effet de Serre désignés par le Protocole de Kyoto :
Le dioxyde de carbone (CO2) ;
Le méthane (CH4) ;
L’oxyde nitreux (N2O) ;
L’hexafluorure de soufre (SF6) ;
Les hydrofluorocarbures (HFC) ;
Les perfluorocarbures (PFC) ou hydrocarbures perfluorés.]]) dans l’atmosphère. Pour cela, les gouvernements de ces pays ont dû mettre en oeuvre des politiques volontaristes de réduction d’émission des GES. Le Protocole de Kyoto établie un calendrier de réduction des émissions des 6 GES qui sont considérés comme la cause principale du réchauffement climatique des cinquante dernières années. Il comporte des engagements de réduction des émissions pour seulement 38 pays industrialisés, avec une réduction globale de 5,2 % des émissions de dioxyde de carbone d’ici 2012 par rapport aux émissions de 1990.

A l’exception notable des États-Unis… Cette absence a diminué l’impact du Protocole de Kyoto. Le gouvernement de George W. Bush refusa en effet plusieurs fois de ratifier le traité, considérant que cela freinerait l’économie des États-Unis et que le combat contre le réchauffement climatique doit se faire non pas avec une simple réduction des gaz à effet de serre, mais par une meilleure gestion de leur émission. Les États-Unis étaient alors les plus gros émetteurs avec environ 23 % des gaz à effet de serre de la planète.

Par ailleurs, la Chine, qui était à l’époque le second émetteur mondial de gaz à effet de serre, n’a pas d’objectif de réduction contraignant en vertu du Protocole. C’était une raison supplémentaire pour le gouvernement des États-Unis de refuser la ratification. Cette absence de contrainte pour la Chine a été considéré par les États-Unis comme un avantage dans la concurrence économique entre les deux pays.

{{{Les enjeux de la conférence de Copenhague}}}

La conférence de Copenhague se tiendra du 7 au 18 décembre 2009. Conformément au calendrier adoptée en 2007 lors de la 13ème conférence internationale sur le climat à Bali, elle devrait être l’occasion, pour les chefs d’Etat et de gouvernement, de renégocier un accord international sur le climat remplaçant le Protocole de Kyoto qui doit prendre fin en 2012.

Depuis le mois de mars 2009, les scientifiques du monde entier se sont ainsi rencontrés à Copenhague pour mettre en commun les connaissances les plus récentes sur le changement climatique et préparer le rendez-vous de décembre. Leurs conclusions sur l’état de la planète sont alarmistes : « {Les dernières observations confirment que le pire des scénarios du GIEC est en train de se réaliser. Les émissions ont continué d’augmenter fortement et le système climatique évolue d’ores et déjà en dehors des variations naturelles à l’intérieur desquelles nos sociétés et nos économies se sont construites} », a affirmé le comité scientifique de la conférence.

En effet, par deux fois, les États n’ont pas tenu leurs promesses. Dans un premier temps à Rio : l’objectif était de revenir d’ici 2000 au niveau des émissions des GES de 1990. Les États ont manqué ce but de 12%. Dans un second temps pour les accords de Kyoto : les États sont partis pour manquer encore une fois l’objectif d’une réduction globale de 5,2% sous le niveau de 1990 : en 2006, les signataires n’en étaient qu’à une baisse de 2,8% et depuis 2000, les émissions ne cessent d’augmenter.

Pour les scientifiques, l’effort à fournir est énorme : afin d’éviter les conséquences du réchauffement climatique (élévation du niveau des océans, augmentation de la fréquence des cyclones, dégradation de la biodiversité, migration massives de réfugiés climatiques, etc.), il faut limiter l’augmentation de la température mondiale de +2°C.

Au-delà des enjeux scientifiques, les buts de ce sommet sont multiples :

– fixer les objectifs de réduction d’émissions de GES ; Les données scientifiques convergent vers un objectif de réduction minimale des émissions de GES de 40% d’ici 2020 par rapport au niveau de 1990 pour limiter le réchauffement de la planète en deçà de +2°C.

– déterminer l’engagement des pays. La participation des pays est la question la plus épineuse. De ce point de vue, le traité de Copenhague doit élargir le nombre de pays soumis à une réduction des émissions de GES.

Il faut pour parvenir à atteindre cet objectif réunir deux conditions :

– faire ratifié le traité aux pays qui n’étaient pas signataire du Protocole de Kyoto, en l’occurrence les États-Unis. En effet, les pays industrialisés, et au premier rang desquels les Etats-Unis, sont responsables des émissions passées de GES ; ils restent aujourd’hui de grands émetteurs. Parce qu’ils possèdent des ressources financières et technologiques, ils doivent être les premiers à réduire massivement leurs émissions de GES. Ils doivent aussi aider les pays du Sud à réduire les leurs et à s’adapter aux impacts à venir. L’équité implique donc une solidarité internationale, intégrée à tous les mécanismes du futur accord de Copenhague.

– élargir les engagements de réduction des émissions aux pays en voie de développement qui, selon le Protocole de Kyoto, ne sont soumis à aucune obligation. En effet, l’action des seuls pays industrialisés ne suffira pas. Les pays en développement les plus avancés économiquement –comme la Chine, l’Inde ou le Brésil– contribuent aussi aux émissions mondiales de GES (la Chine supplante depuis peu les États-Unis en tant que premier émetteur de GES). Leur effort de réduction devra néanmoins tenir compte du fait qu’ils n’ont pas la même responsabilité passée et présente que les pays industrialisés, ni les mêmes ressources financières et technologiques pour agir. Il est capital qu’à Copenhague les pays industrialisés s’engagent à réduire leurs émissions sur leur territoire national et pas uniquement via la réalisation de projets de réduction dans les pays en développement (achat de crédits CO2 de compensation).

Confrontés au péril climatique, les dirigeants du monde entier devront parvenir à surmonter leurs divergences d’intérêts de court terme pour se rassembler autour d’un projet politique mondial fondé sur un constat scientifique objectif et ainsi donner une suite au protocole de Kyoto…

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