Du courage d’un élu dans un fatras de convenances politiciennes

Lors de l’élection du maire et de la désignation des adjoints, le 21 mars, les différents groupes de la majorité n’avaient pas eu droit d’expression. Rebelote au conseil du 4 avril : une longue litanie de représentations extérieures, {{pas de place pour nous à la commission d’appel d’offres}}, et le tour est joué.

Dès le début, notre groupe avait évidemment utilisé sa liberté de parole. En revanche, le maire avait exigé de ses éluEs silence radio jusqu’à nouvel ordre. Lui seul avait la primeur des heures d’investiture. Donc, {{lors de ce 3ème conseil municipal, lundi 28 avril, les tendances de cette majorité hétéroclite, utilisaient enfin leur joker, tour à tour, et sans surprise – a priori.}}

A ma droite, {{la platitude apolitique et pragmatique des recettes de cuisine municipale servies dans les interventions du groupe PS et du groupe Modem}} avec un même lexique passe-partout à l’oeuvre « efficacité et dévouement, se mettre entièrement au service des grenoblois, former une équipe au-delà des appartenances politiques » – MM. Philippe De Longevialle et Abderrhamane Djellal, tous deux présidents de groupe, interchangeables comme leurs politiques.

A ma gauche, une diatribe virulente et inévitable des communistes contre un gouvernement libéral, détruisant les derniers remparts d’un Etat providence à coup de dérégulations. {{Bien entendu, pas question pour autant, de s’inquiéter d’une majorité municipale à forte tendance libérale, avec un maire allié de Strauss Kahn}}, appelant de ses vœux un libéralisme encadré.{{La schizophrénie des élus du PCF m’étonnera toujours.}} Au Conseil général, ils approuvent la construction d’une rocade avec financement public/privé, et s’offusquent de tels choix quand ils sont nationaux. {{Ils n’ont pas de mots assez durs contre le libéralisme mais s’en accommodent si facilement quand il s’incarne localement.
}}

Tout se déroule comme prévu, et notre routine quotidienne d’élus ne semble jamais devoir être perturbée. Chacun bien dans son rôle, appris par cœur, usé par tant de répétitions poussiéreuses. Et puis, la surprise viendra des rangs de ceux qu’on croyaient déjà éteints, désabusés au point d’en être devenus vains. {{M. Jean-Philippe Motte prend la parole pour GO citoyenneté, et le ronron du système fait une brève pause.}} D’abord : « je parle de cumuls…les personnes concernées ne pourront assumer pleinement les tâches dont elles ont la charge par impossibilité matérielle – le don d’ubiquité n’est pas encore très répandu ». Plus loin : « volonté de main mise, de contrôle exclusif, de verrouillage de la part de certains élus». {{Les mots sont pesés et sévères, sans atténuation gracieuse pour plaire à Sire Destot.}} Le propos dénotent dans une majorité soumise de courtisans qui ne doivent souvent leur place qu’à la bonne volonté du maire. Les propos dénotent d’autant plus de la part d’un groupe qui s’est rarement écarté des diktats socialistes dans le précédent mandat.

{{Cette courageuse intervention de Motte vous réconcilierait presque avec les anciens de la politique grenobloise dont parfois les utopiques visions d’il y a 30 ans semblent s’être dissoutes dans la realpolitik des années 90.}} Une des figures de cette génération imaginative de la Villeneuve s’est réveillée hier soir après un long coma durant les élections. Je me rappelle, entre les 2 tours, lui avoir demandé un peu moins de docilité pour l’avenir, à cet instant où il nous annonçait que GO allait repartir avec Destot, malgré les dérives. Cet ancien élu reste partie prenante de cette majorité, et ce n’est pas ce sursaut de révolte qui déstabilisera véritablement le maire. Mais tout de même… Le monsieur dans son costume m’a touchée. {{Et c’est rare d’être touchée, en politique, durant ces conseils sans âmes et soporifiques, ce fatras de mots convenus et rébarbatifs.
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{{Puisse ce courage ne pas s’émousser avec le temps comme ce fut trop souvent le cas entre 2001 et 2008.}} Car nous aurons besoin de savoir faire front ensemble par moments -eux dans la majorité, nous dans l’opposition- pour empêcher réellement certains dysfonctionnements graves, voire des abus. {{Les éluEs de GO seront-ils capables de faire preuve du même courage que leur meneur hier soir en pleine séance du Conseil muncipal à Grenoble ?}} Pourront-ils faire abstraction du pouvoir et des rémunérations que donne la majorité ?

Gwendoline Delbos-Corfield.

N.B. : On peut trouver l’intégralité de ce discours de Jean-Philippe Motte, exprimé le 28 avril, sur le site de GO, mais en voici quelques extraits bien sentis… et très bien rédigés.

«{Notre score commun du deuxième tour, celui par lequel nous constituons ensemble la majorité municipale est médiocre – il ne passe pas les 50 %. Compte tenu de l’importance de l’abstention nous ne sommes l’expression directe que d’un quart du corps électoral, ce qui contribue à notre fragilité. [……………………….]

Non je parle des cumuls auxquels on assiste aujourd’hui au sein de notre majorité municipale, dans la répartition des délégations, responsabilités, et représentations et qui aboutissent à des situations où les personnes concernées, qu’elles que soient leurs compétences, leur expérience, leur engagement ne pourront assumer pleinement les taches dont elles ont la charge par impossibilité matérielle – le don d’ubiquité n’est pas encore très répandu.Ne serait ce pas faire preuve d’intelligence, d’intelligence politique que de mieux repartir les responsabilités entre les élus – sans nier encore une fois qu’il y ait des élus « plus égaux que d’autres » parce que plus expérimentés, plus vifs, plus travailleurs que sais-je encore.

Nous y gagnerions en implication collective – en préparation de l’avenir en permettant à de nouveaux élus de monter en régime, en respiration démocratique pour revenir à mon propos de départ. A quoi assistons nous en effet à l’occasion de ces cumuls surabondants, sinon aussi à la volonté de main mise, de contrôle exclusif, de « verrouillage » (pour reprendre un vocabulaire carcéral curieusement importé en politique), de la part de certains élus ou petits groupes d’élus, à la constitution de domaines réservés susceptibles d’échapper aux approches pluralistes, à la confrontation des points de vue, dont la décision publique et l’action collective doivent se nourrir. C’est le risque d’un gouvernement par coterie et clan qui est alors ouvert.

Monsieur le Maire, le groupe GO Citoyenneté vous espère sensible à cette question.
Vous avez la capacité et l’autorité de porter remède à cette situation au fil des semaines et des mois à venir. Nous sommes prêts à contribuer à ce rééquilibrage auquel nous appelons y compris, le cas échéant, en revoyant les responsabilités et charges qui nous sont confiées.

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