De la drôle d’ambiance des premiers conseils municipaux à Grenoble…

Avant de revenir ce soir, prendre place parmi les 49 éluEs de Grenoble pour voter les premières délibérations de ce mandat, disons quelques mots sur les 2 conseils d’installation de mars et avril. J’avais déjà assisté à de nombreuses séances de conseils à la Métro et au Conseil général, mais jamais un jour d’investiture.

La salle du conseil municipal de Grenoble, laide et sans confort, avec une visibilité déplorable, une acoustique encore pire, et une place ridicule pour le public, n’est déjà pas un lieu propice à des assemblées de bonne tenue. Tout aspect cérémonial aura bien plus d’allure dans la vaste salle en amphithéâtre du CGI. {{Mais ce 21 mars, la théâtralité désuète et sans charme qui accompagnait la remise des drapeaux aux adjoints donnait une impression encore plus étrange à ce conseil si particulier où les opposants d’hier siégeaient aux côtés de la majorité nouvelle.}} Les 9 éluEs de droite, pas assez nombreux pour remplir leur rangée, décimée par les prises de guerre de la campagne, pouvaient voir leurs ex-alliés sinon amis, discuter allègrement avec les socialistes. Des ex-droite/nouvelle gauche enfilent des écharpes d’adjoints.

Un sentiment de communauté factice. Comme le jeu des apparences qui régnaient dans les cours royales du 17ème. {{On singe une grande famille politique municipale, comme on jouait il y a six mois à s’opposer, et tout cela finalement n’est qu’un jeu de rôle grandeur nature qui recouvre peu de convictions, et encore moins d’engagements.}} Un jeu aux règles enfantines -on aurait dit que tu étais de droite et moi de gauche, on aurait dit que les policiers et les voleurs auraient fait bande commune- qui décide pourtant des projets d’avenir d’une ville de plus de 150 000 habitants, des chantiers de rénovation ou des constructions d’équipements qui se chiffrent en millions d’euros.

Un parfum étonnant d’enfance aussi dans le discours fleuve dont nous a abreuvé Destot : du décès de son père, à la liste des grandes villes du monde (Athènes, Tokyo, et j’en passe), en passant par l’évocation de Dubedout, un texte convenu et immature. Comme les lycéens remplissent parfois leurs dissertations à l’aide d’un dictionnaire de citations, des extraits littéraires parsèment la prose : Aragon, Marcel Proust et Saint-Exupéry venus à la rescousse -parfois sans qu’on y voit le lien- d’un discours vide de symbole, de sang et de larmes. {{Un discours technique, fastidieux et sans élan, avec comme seule béquille pour parler d’avenir, les improbables Jeux Olympiques.}} Et puis en introduction, la « passion » et l’amour « intense » pour Grenoble. Moi, qui suis peu sujette à des sentiments pareils, j’étais quelque peu perplexe face à une telle dévotion d’un maire, pourtant absent de Grenoble, occupé comme député à Paris, pour cause de cumul des postes.

On ne s’étendra pas sur les choix liés aux délégations, qui parlent d’eux mêmes. {{Un premier adjoint aux finances et à la sécurité.}} Parce que depuis qu’un Ministre de l’Intérieur devenu Président en a fait son strapontin vers l’Elysée, la sécurité est non seulement devenue la préoccupation principale des Français devant leur petit écran, mais ce thème s’est imposé auprès de nos élites comme le meilleur argument quand on veut promouvoir la paix dans les quartiers et la réussite des aménagements urbains. Confirmation de rumeur : un adjoint à l’urbanisme dont les activités professionnelles s’exercent dans le domaine de l’immobilier, sans que personne ne semble au sein de la majorité y déceler le moindre conflit d’intérêt. {{Dans la même délégation, les Jeux Olympique et le développement durable. Cela va de soi. Parce que la neige artificielle, des gens par milliers sur les routes pour rejoindre les stations, et des manifestations de masse gaspilleuses et polluantes, sont tellement positives pour le réchauffement climatique !}}

Gwendoline Delbos-Corfield.

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