De trouver le juste équilibre pour une juste opposition

Dans mon précédent billet, je disais la rareté des voix discordantes dans des assemblées où règne le consensus. Consensus sur les choix de développement de nos territoires : plus technologique, plus productif, plus compétitif. Plus, plus, plus, pour mieux, mieux, mieux, éliminer le concurrent, c’est-à-dire le territoire d’à côté, le département voisin, la région plus loin, le pays du sud. Lui prendre du travail, attirer ses intelligences, empêcher l’investissement ailleurs, et donc refuser le partage.

Mais entre le rêve de « table rase » des vrais décroissants qui reprochent souvent aux Verts leurs aménagements avec le « système », et le tout rentable/tout progrès/tout excedentaire, les éluEs écologistes ont souvent du mal à trouver la bonne position. {{Parce que sur ce fil qui doit nous mener de nos abus de sociétés modernes à une solution moins cannibale de l’espace et de la nature, le bon pas est délicat à adopter.}} La question qui taraude toujours, c’est celle de la dernière limite. Quand la tracer ? Quand décide-t-on que plus aucune acrobatie ne peut se justifier ?

Accepter le principe des nanotechnologies mais demander la plus grande prudence et des lois strictes encadrant ces démarches scientifiques. Ne pas bannir la voiture mais la contraindre à certains trajets, des utilisations précises, des vitesses limitées. Utiliser le cadre institutionnel mais en dénoncer les abus. Le fil sur lequel l’éluE Vert joue les équilibristes est fragile. Souvent les éluEs ont chuté de ce fil, et ils le feront encore. {{Mais choisir le chemin tout tracé sans ornière, c’est accepter de ne jamais remettre en cause les fondements de la société actuelle, ou à l’opposé, de croire en une révolution spectaculaire et purificatrice, qu’elle soit marxiste ou anarchiste.}}

Pendant la campagne, comme tout au long du mandat, cette question de notre place nous a été beaucoup posée. Une position difficile à comprendre dans un imaginaire collectif encore si souvent binaire : le progrès contre la préhistoire, l’institution conservatrice face à des citoyens éclairés et mobilisés. Sans parler de cette foi enfantine parfois erronnée que la gauche est nécessairement juste et généreuse quand la droite est répressive et déshumanisée. Les 11 éluEs écologistes du mandat écoulé auront voté, durant ces 7 années, la majorité des délibérations. Mais les oppositions réccurentes sur des projets structurants (stade, aides économiques aux grosses entreprises, parkings) étaient de trop pour le maire. En revanche, ces refus n’ont pas suffi à convaincre l’extrême-gauche, les environnementalistes purs, et les libertaires, de la constante vigilance des éluEs municipaux.

Aujourd’hui, la situation n’est pas plus simple : dans l’opposition aussi, notre place sera complexe à définir. {{Comment se montrer ferme dans l’opposition, mais ne jamais être confondu avec les éluEs de droite qui soutiennent le gouvernement actuel, destructeur de garanties sociales et de liberté ?}} Evidemment, ils sont nombreux, ceux qui n’attendent que cette opportunité pour nous accuser de déviance, de pacte avec l’ennemi, de rompre avec la précieuse et intouchable « famille de gauche ». Cette critique viendra d’un militant socialiste, prompt à défendre son bastion, ou d’un journaliste trop enclin à ne lire que les étiquettes collées sur les décisions politiques, sans regarder la vraie valeur des choses. Nous aurons du mal à ne pas céder devant cet argument factice, comme devant celui du vote utile qui nous freine depuis 2002, car cette pression « morale » est forte.

Gwendoline Delbos-Corfield.

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