De l’utilité d’une opposition, et comment la définir ?

Mes collègues du groupe d’élus {{Ecologie et Solidarité en actes}} ont pris l’habitude de nous présenter comme « la minorité ». Ainsi, nos documents et nos propos repris par la presse, utilisent cette notion plus douce à nos oreilles. Elle est plus douce parce qu’elle nous permet de nous dissocier dans le langage autant que dans la démarche de ce qui serait la vraie opposition, c’est-à-dire la droite !

Contrairement à d’autres groupes municipaux, nous ne sommes pas dans l’obligation de penser tous pareil, et je ne m’oblige donc pas à utiliser une expression qui ne me semble pas assez opérante. D’abord, pour une raison simple : je ne suis pas sûre que cette idée soit comprise très largement par les Grenoblois. A Paris, où Delanoé a préféré la fusion avec les Verts plutôt qu’avec le Modem – contrairement à Michel Destot – les 10 élus Verts peuvent se présenter comme une minorité au sein de la majorité. En effet, ils refuseront certains choix d’aménagement urbain, de développement économique, de proposition sportive ou culturelle prestigieuse. Mais ils participeront globalement de la politique de gauche menée par le maire de Paris. Plus proche de nous, au Conseil général de l’Isère, les 2 éluEs Verts ont refusé de faire partie de l’exécutif tant que le projet de rocade nord restait une priorité départementale, mais ils se considèrent évidemment comme une minorité, partie prenante d’un hémicyle de gauche. {{Dans ces deux cas, les Verts incarnent une minorité prônant d’autres modes de développement, et une complémentarité indispensable entre écologie et social, mais alliée nécessairement à gauche.}} Notre situation à Grenoble est bien différente.

Il faut avouer aussi que je n’ai pas de problème à être l’opposition d’une majorité de gauche qui souhaite briser les frontières avec la droite. De la même manière que j’aurais été à l’aise à être l’opposition d’une droite qui mêlait de la gauche, comme c’était le projet de Fabien de Sans Nicolas. {{Ce n’est pas le nom qui fait la conviction.}} Aujourd’hui, dans les rangs de la majorité municipale, il se dit que « modernité politique rime avec ouverture », et l’on nous presse de ne pas être sectaire -le clivage gauche/droite étant démodé-. Alors je ne serai pas plus royaliste que le roi. Si les élus socialistes ne se revendiquent pas clairement de gauche, pourquoi faudrait-il leur donner un label qui ne leur correspond pas ? Et si cette nouvelle majorité n’est pas « techniquement » de gauche, pourquoi aurai-je le moindre scrupule à être opposante ? {{Nous avons été élus dans l’opposition, dans un contexte où nos électeurs savaient que nous pouvions nous maintenir pour faire obstacle à la toute-puissance d’un maire, et pour défendre des idées qui n’étaient pas du tout présentes dans les choix de la nouvelle majorité.}} Reste à savoir quelle type d’opposition ?

C’est la question qui semblait perturber Matthieu Chamussy, leader intérimaire de l’inter-groupe de droite, lors du dernier conseil municipal. Il est intervenu auprès du maire pour lui rappeler que seul cet intergroupe là était bien l’opposition, et pour se plaindre de notre comportement d’opposant. On comprend ses inquiétudes. Il est difficile de faire exister véritablement 2 oppositions dans un seul conseil municipal. Et il se pourrait bien que la majorité gauche/droite se retrouve souvent en accord avec l’opposition droite/gauche puisque leurs ambitions en matière urbaine et économique sont très peu différentes, si ce n’est à la marge. {{Ils ont tous le même souci de réussite compétitive pour leurs territoires, et ils ont souvent les mêmes remèdes pour booster cette croissance :}}

1. Le ronronnement efficace d’un développement économique qui laisse de côté certains emplois, détruit des espaces naturels et nous promet une population uniforme de cadres supérieurs, embauchant des femmes de ménage et cotisant pour le RMI des moins favorisés.

2. La construction rentable qui n’est pas faite pour loger autre chose que ces cadres, qui empiète avec parkings et standards de luxe sur les dernières aérations de la ville, et qui ne se soucie pas d’une isolation adaptée aux économies d’énergie.

3. Des choix sportifs, culturels, éducatifs d’envergure qui assurent le rayonnement de Grenoble à l’égal de grandes villes européennes, sans offrir aux jeunes et moins jeunes une vraie possibilité de s’y investir.

{{Ainsi sont les ingrédients habituels de nos élites pour l’avenir de nos cités, et ces investissements coûteux et consuméristes font l’unanimité.}} Difficile dans ces conditions, d’un côté comme de l’autre, notables socialistes ou notables de droite, d’émettre la moindre opposition !

Gwendoline Delbos-Corfield.

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